Loi Travail : que penser du droit à la déconnexion ?

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C’est un fait : le numérique a gommé les frontières entre les sphères professionnelles et personnelles. Connectés en continu, les collaborateurs ont accès à leurs mails, à leurs dossiers, peuvent être interpellés à tout moment… Un présentéisme qui peut coûter cher ! C’est pour cette raison que la loi Travail, portée par la ministre du travail Myriam El Khomri, a consacré un « droit à la déconnexion ». Il sera mis en œuvre dès 2017. En quoi consiste-t-il ? Comment va-t-il s’appliquer ? Quels enjeux nouveaux vont apparaître pour les entreprises et les professions les plus connectées ?

Droit à la déconnexion, qu’est-ce que c’est ?

Une étude réalisée par l’APEC pour le ministère en 2014 l’affirme : seuls 23 % des cadres affirment se déconnecter systématiquement en dehors de leur temps de travail. Et 89% des cadres pensent que les outils connectés contribuent à les faire travailler hors de l’entreprise.
La loi Travail ambitionne de mettre fin à l’hyperconnexion professionnelle, née de la démocratisation des outils connectés dans les entreprises. « Les entreprises auront le devoir de mettre en place des instruments de régulation de l’outil numérique, indique le ministère du Travail. Ces mesures viseront à assurer le respect des temps de repos et de congés ainsi que l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et familiale. »

Quelle forme prendra ce droit à la déconnexion ?

L’application du droit à la déconnexion devra être enclenchée par les entreprises dès le mois de janvier 2017. Il s’agira, pour les directions générales, d’étudier avec un (ou plusieurs) représentant des salariés les formes que l’exercice de ce droit pourra prendre. Le ministère n’est, pour l’instant, pas plus précis. Toutefois, il présente quelques pistes :

  • La création d’une charte de la déconnexion ;
  • L’absence d’obligation pour les salariés de répondre à des mails professionnels en dehors des heures de travail ;
  • La mise en place de formations (via un MOOC par exemple) sur les risques pour la santé de la surconnexion.

« C’est prioritairement par la négociation collective que l’entreprise définira le droit à la déconnexion afin d’établir des règles de bonne conduite correspondant aux besoins des salariés, au plus près du terrain », précise le ministère du Travail.

Droit à la déconnexion : pour ou contre ?

Certes, la déconnexion est nécessaire : la surconnexion présente des risques pour la santé, notamment en termes de stress, d’impression de ne jamais « passer à autre chose », et de ne se consacrer qu’au travail, même une fois rentré à la maison.
Reste que ce droit à la déconnexion paraît difficilement conciliable avec certaines professions. En effet, tandis que les grands groupes peuvent mettre en place des roulements de personnel pour être capable de réagir en cas de problème à toute heure, les petites et moyennes entreprises ont rarement les ressources humaines nécessaires pour faire de même. Les développeurs, par exemple, se doivent d’être réactifs lorsque leur application ou leur site tombe en panne, même en soirée ou lors des week-ends.

Outre l’aspect technique de certains métiers, il est important de souligner que même dans les grands groupes, beaucoup d’employés, et à plus forte raison les managers, ne souhaitent pas se déconnecter. La raison ? Une pression que chacun se met à soi-même pour rester compétitif, qui se traduit par exemple par une forte réactivité aux emails afin de signer plus de contrats, ou pour satisfaire les demandes des clients au plus vite. Et pour ceux qui travaillent à l’international, doivent-ils laisser leurs mails parce qu’il est 20 heures chez eux, alors que la journée débute tout juste sur la côte ouest américaine ?

Autant de questions auxquelles la loi Travail ne répond pas pour le moment. Et auxquelles la négociation collective devra impérativement répondre. En attendant, il est toujours intéressant de mettre en place des stratégies en amont pour aider à la déconnexion, comme par exemple lorsqu’il s’agit de trier ses emails en vacances ou d’apprendre à faire des pauses pour accroître sa productivité.

Et vous, que pensez-vous du droit à la déconnexion ? La mesure vous semble-t-elle applicable dans votre entreprise ? Partagez votre avis dans les commentaires !

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